couverture ext DECEMBRE 2018 - page 2

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L’écriture du théâtre dialectal mérite que l’on réfléchisse à ses enjeux, à ses contraintes,
au statut même de la langue utilisée. Dans un premier article, Joseph Bodson a vanté les
mérites d’une langue dialectale écrite « riante », « florissante ». Cette fois, Christian
Robinet envisage quelques aspects liés à la problématique de l’adaptation au théâtre en
wallon d’œuvres autant dialectales que françaises.
De l’adaptation théâtrale
Régulièrement, nous assistons dans nos salles à des spectacles de grande qualité. Plusieurs
veines alimentent les répertoires travaillés par nos metteurs en scène et par les troupes au sein
desquelles ils œuvrent. Pour l’essentiel, des pièces dialectales anciennes, revisitées,
« dépoussiérées », remises au goût du jour, des pièces strictement contemporaines, adaptées le
cas échéant d’un dialecte à l’autre, et des pièces émanant du répertoire comique français, en
gros de Feydeau à Robert Thomas, pour ne citer qu’eux, même si Molière, dans son
universalité bien connue, continue d’inspirer nos auteurs-adaptateurs.
C’est qu’en effet, la plus grosse partie des prestations scéniques qui remplissent nos salles de
saison en saison relève de la comédie. Les pièces plus graves, où la réflexion l’emporte sur le
rire, où les situations sérieuses ou compliquées l’emportent sur les situations plaisantes ou
cocasses, sont loin de tenir le haut de l’affiche.
Un enjeu linguistique
Nous avons relu il y a peu quelques pages écrites par Charles Josserand, philologue et
écrivain wallon, consacrées à la « Théorie et pratique de la traduction ». Nous nous en
inspirerons pour notre propos. L’auteur y rappelle d’abord l’exercice de version auquel bon
nombre d’entre nous se sont coltinés. Et de revenir sur d’anciennes instructions
méthodologiques. Nous y lisons, entre autres conseils : « Il n’est pas (…) permis de s’abriter
derrière l’exigence d’un français actuel pour tolérer l’emploi de néologismes ou de ces
expressions négligées qui accusent et accélèrent la décadence de la langue. »
La transposition est tentante. Dans l’adaptation théâtrale quelle qu’elle soit, il y a un enjeu
linguistique à prendre en compte. L’œuvre nouvelle ainsi créée semble donc devoir répondre
à des qualités qui garantissent à la langue utilisée justesse, correction, élégance.
L’adaptation est donc bien plus qu’une simple traduction ! Il s’agit d’une œuvre nouvelle,
d’une création en l’occurrence, même si elle s’appuie délibérément sur une œuvre
préexistante.
On connaît largement le tournoi d’art dramatique wallon dénommé « Grand Prix du Roi
Albert Ier ». A plusieurs reprises, il nous a été donné de prendre part aux travaux du jury mis
en place pour la circonstance. Régulièrement, dans l’observation de la langue des adaptations,
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