Cocorico

13 IN MEMORIAM NICOLE GOFFART Triste début d’année, et triste nouvelle : Madame Nicole GOFFART nous a quittés ce 7 janvier. Avec elle, le théâtre wallon perd une de ses plus grandes autrices. Pendant des années, elle nous a régalé de grandes comédies de caractères d’un très haut niveau. La Fédération culturelle wallonne et le Trianon perdent une de leurs amies les plus fidèles, une de leurs spectatrices les plus assidues et une de leurs plus ardentes défenseuses. Madame Goffart se battit de tout son cœur et de toutes ses forces pou la Wallonie, pour le Wallon, sa culture, sa langue, sa littérature et son théâtre, pour la fierté wallonne. Elle défendit avec force, parfois avec âpreté, toujours avec la plus grande exigence le grand théâtre wallon et ses meilleures pièces. Elle plaida toujours pour un théâtre exigeant et de qualité, servi par les meilleurs metteurs en scène et les meilleurs comédiens. Par respect du public, elle a toujours voulu qu’on lui offre le plus grand et le plus beau spectacle. Je dois à Madame Goffart, le plus beau et le plus grand souvenir de ma (très !) brève carrière d’acteur wallon : le rôle de Bèbert dans sa pièce « Li steûle dè berdjî ». Avec ce personnage, Madame Goffart offre à ce théâtre wallon un nouveau héros d’une grande richesse et d’une grande rareté. Alors que les handicapés sont plutôt objet de moquerie et de commisération au théâtre, Madame Goffart nous dresse le portrait d’un homme merveilleux, resté enfant, mais autonome, qui sait se débrouiller seul et s’acquitte parfaitement des tâches qui lui sont confiées. Il a de la répartie et parfois des réflexions d’une étonnante profondeur guidées par son immense amour des habitants de la maison. Tous les rôles de cette pièce, comme dans toutes les œuvres de Madame Goffart, sont composés avec justesse et une observation très fine. C’est une leçon d’amour vrai, et de véritable solidarité authentique, plutôt rare dans le monde actuel. J’ai eu la chance de rencontrer Madame Goffart au cours d’un dîner en famille chez ma sœur Camille, et je garde un souvenir très ému de ces quelques moments passés avec elle. Madame Goffart était devenue comme une amie, et je n’oublierai jamais non plus les moments passés ensemble pendant les entractes du Trianon, où elle venait voir les pièces et le répertoire qui lui tenaient à cœur. Elle s’était éloignée et se faisait rare, pour d’impérieuses raisons familiales. Elle nous laisse quelques délicieuses comédies, et nous a fait cadeau d’une dernière pièce, « L’étrindjîr », qui attend toujours d’être jouée et interprétée. Le thème retenu me paraît d’une actualité brûlante en ces temps de tyrannie triomphante où les pires propagandes racistes et xénophobes, où les pires politiques anti-immigration s’étalent avec la plus totale impudeur. Tout directeur de théâtre, tout metteur en scène, et tout comédien trouvera dans la vie de Madame Goffart de très grands textes et de très grands rôles, qui combleront tout amateur de théâtre de qualité. Tout auteur y trouvera une authentique source d’inspiration, et des thèmes renouvelés ou rarement, sinon jamais auparavant traités. Une lecture attentive de ses textes comblera tout lecteur amateur de wallon et de théâtre. Nous regrettons et nous déplorons la perte d’une très grande autrice et d’une très grande dame. Pour la Fédération Culturelle Wallonne, J-M NICOLAS, bibliothécaire

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