Cocorico

5 d’une brève introduction, justifiant les quelques divergences orthographiques auxquelles il a fait droit. Emile Gilliard l’a aidé dans l’établissement du texte. Nous avons précédemment rendu compte d’un autre ouvrage de Gabrielle Bernard, paru celui-là à la Société de langue et littérature wallonne, dont nous avons rendu compte en son temps. Nous retrouvons ici les qualités de style et d’invention de Gabrielle Bernard, où transparait sa personnalité, marquée par un sentiment profond de la nature, ainsi que des choses et gens du passé de Moustier/sur Sambre, son village. Très souvent, cet attachement est à l’origine d’une certaine mélancolie, dont elle va chercher les images, précisément, dans le spectacle de la nature, des arbres, des saisons. Mais si celles-ci reviennent sans défaut chaque année, ce qui n’est pas vrai pour les gens, c’est là, surtout, la source d’une certaine mélancolie, d’une résignation qui a de la peine à se faire jour. Le titre, Lès boles di savon (Les bulles de savon), est une belle image de ce sentiment, de toutes ces sensations qui viennent l’étayer : les saules, les peupliers même, semblent prendre part à cette tristesse crépusculaire, qui ne manque certes pas de beauté. Cette intime liaison de la sensation et du sentiment est vraiment la marque de fabrique de Gabrielle Bernard, ainsi dans Feus d’ ranches (les ranches sont en fait les fanes, les tiges de pommes de terre que l’on brûle, une fois la récolte terminée) Li fumêre, mwints côps, rabat, pique lès-ouy, L’êr sint d’djà l’uviêr ; i tchêt dèl creuweû, I passe on vint fris’ qui done li tchau d’ pouye, On sondje au mwês djoûs, si coûts, si grigneûs… (La fumée, parfois, se rabat, pique les yeux/ L’air sent déjà l’hiver ; l’humidité tombe, / il passe un vent froid qui donne la chair de poule, / On songe aux mauvais jours, si courts, si grigneux… - trad.J.B.) On remarquera au passage comme l’auteure passe insensiblement du temps qu’il fait à la tristesse des gens. Et c’est la même tristesse qui baigne Èsté sint Maurtén (L’été de la Saint Martin) : èt d’pus d’on keûr aské pa l’ vîye / come one fleûr disjaléye, si r’chandit au solia.-Et plus d’un cœur brûlé par la vie, / comme une fleur gelée, se réchauffe au soleil). Mais cette tristesse, comme chez les meilleurs des romantiques, est une composante inévitable de notre condition humaine, et Gabrielle Bernard trouve, pour l’exprimer, un ton, et des paysages qui lui sont propres, et qui atteignent une véritable beauté.. Joseph Bodson

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